Publié par : Olivier Caryec | décembre 15, 2010

Et les enseignants stagiaires dans tout ça?

Le quotidien Libération revient, en page 20 de son édition du 15 décembre, sur la situation des enseignants stagiaires. En poste depuis septembre dernier sans avoir suivi de cours à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres, suite à l’obtention de leur CAPES, ces nouveaux enseignants sont jetés dans la gueule du loup.

Dans cet article, Libération revient sur le travail de David S., 25 ans, professeur d’histoire et géographie dans un collège du Val-de-Marne. L’homme tient en collaboration avec le quotidien, un carnet de bord sur ce qu’il vit au quotidien. Aujourd’hui, le journal publie le dernier mois de travail de ce stagiaire. Le titre choisit est percutant: Tableau de bord d’un prof (déjà) à bout.

Au-delà du titre, on ressent toute la détresse d’un jeune qui ne sait pas s’il fait bien son boulot. « Les premiers conseils de classe vont arriver. Il faut faire les moyennes et surtout remplir les bulletins. Je ne suis pas sûr d’évaluer mes élèves correctement sur un contrôle alors comment le faire pour un trimestre? (…) Je ne veux pas jouer l’avenir de 150 gamins en racontant n’importe quoi. (…) Qui est cette Julie dont je n’ai jamais entendu la voix et qui a une note moyenne? Cela me peine de ne pas connaître tous mes élèves.  »

Ces mots, écrits le 23 novembre dernier, sont crus. Mais ne sont pas vides de sens. Et ce problème n’est pas le seul. Il suffit de jeter un oeil sur le site Stagiaire impossible renvoyant vers des liens d’autres blogs, pour voir et comprendre la détresse de ces jeunes, lancés sur le marché de l’emploi sans formations théoriques sur la manière de conduire un cours en classe de collège. Parce que le problème n’est pas l’autorité. On aurait pu le croire mais les témoignages sont là pour le confirmer. Juliette, elle, a jeté l’éponge par l’absence d’encadrement de la part des professeurs tuteurs. Pourtant le texte tiré du Journal Officiel est clair, mais le pas entre la théorie et la pratique est encore large.

Le collectif Stagiaires impossible de Seine-Saint-Denis a d’ailleur écrit une lettre à l’attention des parents d’élèves et des fédérations de parents. Tous se retrouvent dans une situation difficile à gérer.

Entre la préparation des cours, la confection des devoirs surveillés, la correction et le suivi des élèves, le temps est très court. David S. le dit le 8 décembre: « Une élève vient à la fin de l’heure. Son visage se décompose et elle fond en larme. Le contrôle était trop long et trop dur, elle n’a pu le finir. Je me sens responsable, l’évaluation est la partie la plus sensible du métier. Depuis le début de l’année je n’arrive pas à calibrer la longueur et la difficulté des contrôles. Les élèves, qui ont besoin de régularité, ne savent pas sur quel pied danser ».

Mais ce qui arrive le 9 décembre témoigne également de l’impossibilité d’avoir la vie d’un homme normal de 25 ans: « C’est l’anniversaire de ma copine. Je suis trop fatigué et décide de reporter le resto aux vacances de Noël ». Les mots sont durs. Mais ils démontrent de l’impasse dans laquelle se retrouvent les jeunes enseignants qui n’ont pas eu le temps de préparer leurs cours avec l’aide d’un professeur. C’est donc seuls qu’ils se présentent chaque jour face à leurs élèves.

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