Publié par : carolelegoff | janvier 20, 2011

Le télétravail : le choix de la précarité?

Alors que la plupart dénoncent le télétravail comme étant un empiètement sur la vie privée, certains s’en accommodent parfaitement. Les journalistes pigistes, en plus du blog, font du télétravail leur principal support professionnel. Un outil pratique, mais qui entretient aussi une certaine précarité.

Les nouvelles technologies participent effectivement à une plus grande porosité entre vie privée et vie professionnelle. Mais elles permettent également une plus grande flexibilité et souplesse. Pour Gaëlle Picut, journaliste pigiste sortie de Sciences Po, le concept est idéal. Il lui permet, grâce à une bonne organisation, de concilier sa vie professionnelle et sa vie privée.

Son blog, elle a décidé de le créer en plus de son activité de journaliste, pour raconter ce qu’elle n’a pas le temps d’écrire dans ses différents papiers. La thématique de son blog (articulation entre vie privée et vie professionnelle), elle l’a choisi parce qu’elle le vit au quotidien, mais surtout parce que cela concerne de plus en plus de personnes.

Une façon de travailler qui plaît également à Elsa Fayner, journaliste pigiste et animatrice du site Et voilà le travail. Son site ne se consacre pas uniquement à la porosité entre le travail et la vie privée, mais au travail en général. La journaliste présente les actualités publiées dans les autres médias, des analyses et articles conçus spécialement pour son blog. Elle ajoute également des articles sur des thématiques précises, mais payants sur d’autres sites en ligne. Le blog est en quelque sorte une vitrine, lui permettant de montrer l’étendue de son travail.

Une activité de bloging qui paye, puisqu’après l’ouverture en janvier 2009, dans son « à propos », l’auteure se satisfait des 13 000 visites du mois de novembre sur son blog.

Ces deux exemples traduisent une adaptation à l’arrivée des TIC dans les entreprise. De part leur statut de pigiste, ces deux femmes ont fait de leurs contraintes (pas de matériel, horaires non déterminés…) un atout. Le blogging les aide entièrement dans ce télétravail.

Un avantage pour les entreprises

En vogue chez les Néerlandais, le télétravail représenterait selon les entreprises, un avantage ua niveau écologique et de la gestion du temps de travail (moins de transport).

Outre la baisse des coûts, le télétravail permet, selon les employeurs, une amélioration de la productivité et la prise en compte de l’environnement. « Considéré comme l’un des moyens de lutter contre les problèmes d’environnement, le télétravail est particulièrement encouragé aux Pays-Bas. Les embouteillages dont le pays est systématiquement victime, matin et soir, coûtent 2,5 milliards d’euros à l’économie néerlandaise, en heures non productives. D’où les initiatives qui fleurissent pour lutter contre ce fléau. » En plus du respect de l’environnement, les économies d’échelle sont nombreuses. L’exemple néerlandais en est le témoin. Près de la moitié des entreprises comptent des télétravailleurs dans leur entreprises. Dans les domaines de l’énergie et de la distribution d’eau, 89% des entreprisent possèdent des travailleurs « à domicile », ou télétravailleurs. « Selon une étude interne, les télétravailleurs auraient un rendement 10 % supérieur à celui de leurs collègues se rendant au bureau. (…) Autre poste d’économies non négligeables pour les entreprises : la baisse de leur facture immobilière grâce à l’inoccupation des bureaux par les télétravailleurs. (…) A côté, les dépenses d’équipement engagées en faveur de ces salariés s’avèrent modestes : un ordinateur et un téléphone portable, un abonnement télécoms, la fourniture de meubles de bureau. Certaines entreprises dédommagent aussi les frais de ménage et d’énergie.»

Des salariés plus précaires?

Un plus pour les entreprises, mais pas forcément pour les travailleurs qui doivent investir dans leur propre matériel. Les pigistes en sont l’exemple-type. Bien qu’adaptées à ce modèle, les deux journalistes n’en sont pas moins conscientes que dans la majorité des cas, il reste du chemin à parcourir.

« Personnellement, je m’estime privilégiée car le télétravail et mon statut de pigiste me permettent de concilier vie privée et vie professionnelle plus facilement que lorsque j’étais salariée. Cependant, je suis consciente que cet équilibre est toujours difficile à maintenir au quotidien et que mon statut actuel, précaire, est possible étant donné la situation professionnelle stable de mon conjoint. » Gaëlle Picut le sait. La situation n’est pas rose pour tous les télétravailleurs. Dans les articles qu’elle écrit sur le télétravail, Elsa Fayner ne voit pas l’activité d’une façon très réjouissante. Mais la tendance est là. Dans les décennies à venir, nous pourrions bien, selon elle, être « tous nomades ».

Dans son article sur le travail au rabais, elle précise les limites du phénomène du télétravailleur nomade, qui le fait finalement sans vraiment le savoir.

On parle alors de “télétravailleurs nomades”. En 2004, selon la Dares, ils étaient 1 100 000, soient 5 % des salariés. “Mais cela peut aller plus loin. Puisqu’on ne sait pas mesurer la productivité des travailleurs aujourd’hui, pour les activités intellectuelles, relationnelles et informationnelles, on demande au marché de le faire : on encourage le salarié à s’installer en libéral, en consultant, en auto-entrepreneur. Dans un premier temps, l’entreprise y gagne. Ses coûts de loyer, de téléphone, d’électricité, diminuent. Le travailleur indépendant travaille davantage d’heures qu’en entreprise. Mais, à moyen terme, il s’épuise, ses heures deviennent moins productives. Surtout, il n’est plus solidaire de l’entreprise, qui est devenue un client. La proximité, la solidarité, l’existence d’un devenir commun font défaut, or c’est ce qui permet une productivité collective. »

Des réglementations sur le télétravail

Un texte amendé définit le télétravailleur. « Il impose de fixer à l’avance les plages horaires pour contacter le salarié, et prévoit aussi qu’en cas de circonstances exceptionnelles, notamment de menace de pandémie, le télétravail serait considéré comme un simple aménagement du temps de travail. Il semble que, dans ce cas précis, la mise en œuvre du télétravail ne nécessiterait pas l’accord du salarié. » Ce texte, c’est la loi Poisson.

Une réglementation qui n’empêche cependant pas les plus accros (ou les plus précaires) de travailler finalement bien plus que si ils étaient dans un bureau.

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