Publié par : JPDeniaud | mars 26, 2011

Internet, un temps nouveau pour les monastères

Bien que marchant à un rythme temporel issu de plus de 1500 ans de traditions, les monastères d’aujourd’hui doivent composer avec les temps de leur époque. Parmi les nombreuses contraintes de temps actuelles venues de l’extérieur, Internet a su bousculer certaines limites liées à la vie monacale.

Au monastère, le temps est compté. Avec généralement sept offices quotidiens, puis des heures de travail bien délimitées, les moines et moniales n’ont que peu de temps pour se divertir. Originellement, ils n’en ont même pas du tout. La Règle de Saint Benoît, rédigée au Vème siècle, qui organise la vie en monastère et donc l’emploi du temps des moines, indique que « L’oisiveté est ennemie de l’âme. C’est pourquoi, à certaines heures, les frères doivent s’occuper au travail des mains, et à certaines autres, à la lecture des choses divines ». Nulle place pour l’égarement.

Mais au cours des siècles, les monastères ont su s’adapter. A l’Abbaye La Joie Notre-Dame, située à Campénéac (56), un temps libre, utilisé par chacun à sa guise, est ainsi prévu tous les jours, après le déjeuner. Avec le jardinage, la lecture de journaux ou l’intemporelle sieste, une des occupations des moniales est désormais l’utilisation d’Internet. « Nous avons dû limiter la durée pour chacune à une demi-heure », explique une soeur de l’abbaye à l’étranger en visite. « Une demi-heure par jour? » s’étonne ce dernier. « Par semaine! », corrige la soeur.

Internet, une corruption de son temps de relation à Dieu

C’est que l’usage d’Internet fait craindre à ces institutions l’égarement de leurs membres. Comme l’explique, dans une de ses conférences relayées par La-Croix, Dom Mauro-Giuseppe Lepori, abbé cistercien d’Hauterive (Suisse), « Je me suis rendu compte que souvent, le vrai danger n’était pas ce que je craignais, au niveau moral par exemple, mais l’imposition sournoise d’un nouveau rythme de communications et de relations qui se glisse comme une poussière fine dans le souffle du temps monastique » .

Au rythme traditionnel du monastère, laissant du temps à « l’émerveillement » face à l’oeuvre de Dieu, permettant « une culture de la beauté [qui] est l’attente de l’infini, l’attente de l’éternel », il oppose le rythme d’Internet : « La culture des moyens de communication et d’information actuels, c’est la culture du tout, tout de suite. Il n’y a plus d’espace pour attendre, plus d’espace pour désirer l’infini. Dans cette culture, l’attente est toujours négative, c’est le temps toujours trop long que tu passes devant un écran sans beauté pendant qu’on cherche la connexion désirée, le site recherché, l’information souhaitée. C’est l’attente de la fin d’une opération, non d’une rencontre. (…) On n’attend personne; on n’attend que quelque chose, et quelque chose de virtuel, d’inexistant ».

Une fenêtre pour sortir du monastère

Pourtant, ce nouvel outil, à l’échelle de l’histoire monastique, fait aussi des heureux. Un article de La-Croix décrit par exemple comment une clarisse, « qui n’a pas quitté son monastère depuis vingt ans » s’enthousiasme à la vue de la maison de son enfance retrouvée grâce à Google Earth. De même, l’aumônier de l’abbaye La joie Notre-Dame de Campénéac, le père Alain Naome, seul homme au monastère, devant passer ses journées à l’écart des soeurs, se retrouve bien volontiers sur Internet pour publier sur son blog les homélies prononcées ou non lors des offices.

Si le père Alain a plus de 70 ans, ce sont tout de même les plus jeunes moines, nouvellement arrivés, qui se voient arrachés avec plus de douleur au rythme d’Internet, et à cette aire de relations sociales. Comme l’explique à La-Croix Mère Marie-Bernard Amestoy, prieure du carmel de Bayonne et présidente du Service des moniales (SDM). « Quand on leur supprime tout accès à Internet du jour au lendemain, les novices sont affolées et elles partent, constate-t-elle. Il faut aller très doucement, pour faire comprendre qu’on n’est pas venu chercher cette relation continuelle avec les autres, mais pour rencontrer Dieu. L’expérience de Dieu vient doucement… ».

Une connection à son temps

Avec  Internet, c’est aussi une nouvelle façon pour les monastères de susciter l’intérêt de la société laïque. Ainsi, le succès du site Internet du monastère de Sainte-Marie de La Garde, relevé par Chretienté.info, ainsi que d’une application qui fait sonner un carillon trois fois par jour, à l’heure des messes, leur a permis de récolter des contributions pour la construction du monastère. Vers un objectif similaire et suivant la tendance, la communauté de moines de Puimisson, dans l’Hérault, a réalisé un lipdub et monté un site Internet pour récolter des fonds pour la construction d’une abbatiale. Elle a été consacrée le 19 mars dernier, par l’archevêque de Montpellier. Une consécration retransmise en direct sur Pèlerin.info. Ci-dessous, le lipdub des « bâtisseurs de monastères » de Puimisson.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xg1fz4?width=320&theme=none
Clipdub de bâtisseur de monastère par batisseurdemonastere

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